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Mémoire partagée, destins croisés

 1-Des temps du souvenir
 2-Des lieux de mémoire
 3-Une institution et des hommes

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Une histoire commune

 1-Le Maroc aux côtés de la France dans la Grande Guerre
 2-Frères d'armes marocains et français
(1939-1945)
 3-Débarquement américain et vie quotidienne
(1939-1945)

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Deux témoignages inédits

1-Commandant Gustave George, officier au 1er régiment de marche de tirailleurs marocains, 1914-1915 (travail du Club d'Histoire du Lycée Lyautey, animé par Odile NAIM)


2-Paul Brandenburg, un Français du Maroc engagé dans le 12e Cuirassiers de la 2e DB, 1944-1945

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- Liens Frères d'armes marocains et français dans les deux guerres mondiales - Mémoire partagée


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Textes d'élèves primés au concours

Le 13 janvier 2007, le Lycée Lyautey de Casablanca a reçu au sein de la Sorbonne, à Paris, la « Mention spéciale » du 13e Prix de la Mémoire et du Civisme « André Maginot ». Les quatre travaux récompensés s’inscrivent dans le cadre du projet « 1914-1918 / 1939-1945, Récits et images de guerre, Mémoire partagée ». Ils ont été rédigés par les élèves BENNIS Tarik, CHAMI Ghita, CHERKAOUI Rita, ECHCHIHAB Camélia et EL BOURI Malak, encadrés par Mme Elisabeth MARTINET,  Emmanuel DE TOURNEMIRE, professeurs de Lettres Modernes, Mme Véronique MAZAZ, M. Jean-Pierre RIERA et M. Christophe TOURON, professeurs d’Histoire-Géographie :




 


 


VERDUN !


 


« Verdun » : le mot tant de fois  répété lors des cours d’histoire !


Ce terrible moment de l’histoire tant étudié. Grâce à ce voyage, j’y étais enfin ! Je touchais la même terre que celle des « poilus ». Je reconnaissais les mêmes paysages qui figuraient dans mon livre d’histoire. Le premier lieu de mémoire visité fut la nécropole nationale de Verdun.


Cet endroit représentait par sa grandeur le massacre subi par les pauvres soldats musulmans, juifs et chrétiens, qui étaient tous enterrés dans un même lieu. L’ossuaire était lui aussi gigantesque avec sa tour en forme d’obus. L’intérieur, très émouvant, renferme les restes de 130 000 corps et c’était la première fois que j’avais l’occasion de voir des ossements humains.


Ces soldats étaient peut-être morts de la chute d’un obus : cette masse de feu et de fer qui pénétrait dans leur chair, je frissonnai. En sortant de l’ossuaire, je retrouvai le temps pluvieux et froid sûrement le même qu’avaient connu les hommes de la Grande Guerre.


Je devais maintenant descendre les marches pour rejoindre les 15 000 tombes parfaitement alignées. Je lus quelques noms : Bernasse Jules 299e RI mort pour la France le 24/10/1916. Quelques mètres plus loin, un autre homme mort le même jour. C’était ça l’horreur de la guerre, cette succession de morts….


Plus bas, une plaque signée de deux chefs d’Etat : Helmut Kohl et François Mitterrand. Je compris par la suite que c’était dans ce lieu symbolique qu’avait été  scellée la réconciliation franco-allemande.


J’ai dû descendre encore pour gagner une grande place gazonnée où flottait le drapeau tricolore. Avec tous mes camarades nous avons alors assisté à notre première cérémonie : un des moments les plus émouvants parce que nous étions dans les mêmes conditions météorologiques que les pauvres « poilus » !


L’hymne national retentit dans toute la nécropole accompagné du son sinistre du bourdon provenant du sommet de la tour ; alors une minute de silence pour des centaines de milliers de soldats tombés au champ d’honneur après le dépôt d’une gerbe au pied du mât. Une grande émotion nous envahit avec mes camarades, et je pensai « comment ont-ils fait pour survivre dans de telles conditions durant quatre années ? »


Puis, je me plaçai devant une stèle musulmane : c’était un marocain mort en 1916 ; comme tous mes camarades, je déposai une rose sur le sol et je me recueillis quelques minutes devant cette tombe : quelle émotion !


Plus loin, un monument dédié aux soldats musulmans était en construction ; quelques mètres encore et se dressait le monument rendant hommage aux soldats juifs. J’avais en face de moi l’exemple d’une immense solidarité. Des hommes de pays ou de religions différents étaient tous morts pour la France. Quelle que soit leur nationalité et leur religion, ils étaient tous morts pour la même cause : la liberté, et je me demandai pourquoi de nos jours cet exemple de fraternité n’habitait pas davantage l’âme humaine.


 


(BENNIS Tarik, 3e 11, Lycée Lyautey de Casablanca, 1er cycle, 2005/2006)


 


 


DOUAUMONT


 


Comment se souvenir de ce que l'on n'a pas vécu?


Comment revivre une tragédie historique?


Comment s'approprier une guerre qu'on a longtemps cru seulement européenne?


A travers Verdun, Cambrai, Reims, le plateau de Craonne… la mémoire s'active, on se sent concerné, on espère avoir contribué à quelque chose et l'on se rappelle... Tellement de tirailleurs marocains, des combattants africains sont tombés sur les champs de bataille, morts pour la France, morts pour la paix et la liberté… tellement de sang mêlé, de larmes versées…


A l'initiative de Monsieur Christophe Touron, professeur d'Histoire-Géographie, deux classes de troisième du Lycée Lyautey de Casablanca dont nous faisons partie, ont pu approfondir leurs connaissances sur les deux périodes les plus meurtrières du XXe siècle, les guerres de 14-18 et 39-45.


Encadrés par six enseignants, une documentaliste et le proviseur adjoint de notre lycée, nous avons, tout au long de l'année, travaillé sur le rôle des soldats marocains dans les deux conflits mondiaux : conférences, recherches sur le carré musulman de Douaumont, travail sur photos,  et rencontres avec d'anciens combattants ... Pour enfin aboutir à l'édition d'un livre « Ana ! Frère d'armes marocains », un magnifique ouvrage qui rassemble des photographies inédites de tirailleurs et goumiers marocains.


Mais ce qui demeure le plus marquant dans nos mémoires reste sans aucun doute le voyage pédagogique qui s'est déroulé du 15 au 23 Avril 2006…


Partir sur les traces de ces héros, quelle que soit leur nationalité, qui ont donné leur vie sans hésiter pour la gloire de ce pays, nous a permis de voir ce que les autres élèves ne peuvent qu'imaginer.


En traversant les quatre villes les plus chargées de souvenirs de guerre en France, nous avons contribué au devoir de mémoire : visite de nécropoles, musées et mémoriaux, et participation à de nombreuses cérémonies fortes en émotions.


Nous, deux simples élèves marocaines, garderont à jamais gravé dans nos coeurs le souvenir de cette cérémonie si particulière, qui a eu lieu le 16 Avril à Douaumont, théâtre de grandes batailles de la Grande Guerre.


En cette journée, d'un froid exceptionnellement piquant, nos accompagnateurs nous emmenèrent, dans un premier temps, visiter l'ossuaire de Douaumont, faisant face à la nécropole. Avant même de pénétrer dans le bâtiment, nous étions déjà impressionnés par les ossements visibles de l'extérieur, et l'immense paysage de la nécropole où s’étendaient des tombes à perte de vue. La fascination toucha son paroxysme quand, en entrant dans l'ossuaire, des centaines de noms gravés sur les murs s’imposèrent à nous : tous ces soldats morts pour la France ! Parfois, nous reconnaissions même des frères ou des cousins par leur nom de famille commun… La guerre a  détruit tant de malheureuses familles… Le froid qui nous avait mordu ne nous affectait même plus ; concentrés, la bouche ouverte, essayant de voir jusqu'où s'étendaient les noms. Au fond de l'ossuaire se dressaient des tombeaux qui se démarquaient des autres. On nous expliqua que c'étaient les premiers soldats inconnus retrouvés sur les champs de bataille.


En sortant de la forteresse, nous remarquâmes un détail qui nous avait échappé. En effet, la forme de la tour représentait le pommeau d'une épée qui aurait été enfoncée dans le sol et à son sommet dominaient un phare et une cloche : symbole de la trêve entre les pays, promesse de paix…


L'heure de la cérémonie et du recueillement avait sonné. Regroupés et alignés aux côtés d'officiels, d'anciens combattants et de journalistes, nous assistâmes au dépôt de gerbes de fleurs devant le monument aux morts. Nous fûmes intimidés par tous ces vétérans qui inspiraient le respect. Les deux classes, que l'on n'avait encore jamais vues réellement sérieuses, affichaient une expression digne et concentrée.


Puis, chacun une rose à la main nous nous dirigeâmes vers le carré musulman de la nécropole que nous connaissions déjà si bien ! En effet, nous l'avions étudié avec précision au Maroc à travers des photos et des recherches. Nous nous dirigeâmes vers la tombe d’un soldat qui nous avait été attribuée, et, d'un même geste, d'un même esprit, d'un même élan, nous déposâmes nos fleurs devant la stèle. En silence, nous nous recueillîmes pendant quelques minutes... Quelques réflexions personnelles surgirent alors :


 «  Des milliers d'images inondèrent mon esprit. Des photos, des documentaires, vus en classe, des paroles prononcées par mes professeurs tournaient dans ma tête. Tout ce qu'on m'avait raconté en classe à propos de la Grande Guerre rejaillissait à cet instant précis. La guerre, qu’est-ce? Une sorte de châtiment infligé à des hommes qui n’ont rien fait, et qui payent pour les erreurs et les discordes entre les dirigeants.  »


« Comment est-il mort ? Loin de sa famille, de ses proches, seul. Chassant vite ces idées morbides, je finis par réciter le Coran à ce soldat musulman, en espérant que cette prière pourrait lui parvenir, où qu'il soit... » 


La pluie persistante et le froid du moment ajoutaient à l’émotion perceptible qui nous avait envahie. Un signal de nos professeurs interrompit brutalement le cours de nos pensées. Nous les rejoignîmes, et le directeur de l'ossuaire nous fit visiter les lieux. Ainsi, nous pûmes apercevoir un monument en construction, dédié aux soldats musulmans morts pour la France qui sera inauguré dans quelques semaines. Trois de nos camarades récitèrent des poèmes de leur composition : nous espérons sincèrement que ces écrits ont pu prouver notre attachement à ce projet de mémoire.


Quelques mois plus tard, en prenant du recul… «  Je sais, à présent, ce qu'une guerre coûte à une population. Grâce à cette journée exceptionnelle, j'ai réalisé que nous, les jeunes, sommes l'avenir. Cet avenir, nous le forgerons dans un état d'esprit profondément pacifique. La paix est la seule solution. »


« Je ne pense pas avoir pleinement réalisé l'honneur qui nous a été offert en ce Dimanche 16 Avril, mais à présent, je crois comprendre toute la portée symbolique de notre venue, à nous, élèves français,  marocains ou  franco-marocains, musulmans et chrétiens, à Douaumont, lieu de mémoire internationalement reconnue. »


Dans le monde d'aujourd'hui, où les conflits religieux sont omniprésents, il est étrange de constater que seule une guerre a pu, en l'espace de 4 ans, réunir différentes confessions sous un même étendard. Cette mémoire qui s'était mise en marche prend tout son sens dans notre présence sur ces lieux. Et l'on se met à rêver, et à espérer que la magie qui avait permis à des nations différentes de s'entraider puisse à nouveau opérer et faire que la paix règne dans le monde.


Si notre voyage a pu nous faire prendre conscience de l'absurdité de la guerre, il nous aura aussi permis d'espérer en l'humanité... Ne plus jamais refaire les mêmes erreurs est notre priorité, aujourd’hui plus que jamais.


 


(CHAMI Ghita – ECHCHIHAB Camélia, 3e 12, Lycée Lyautey de Casablanca, 1er cycle, 2005/2006)


 


 


RENCONTRE AUX EPARGES


 


Durant mon enfance, avant l’âge de 10 ans, j’avais vaguement entendu parler de la Première Guerre mondiale et de ses victimes.


Un peu plus tard, j’ai compris pourquoi on qualifiait cette guerre de mondiale. Des hommes, venus d’un peu partout étaient allés se battre aux côtés de leurs alliés. Partout dans le monde, même dans mon pays le Maroc.


Puis, lors de ma dernière année au collège, j’ai vraiment su ce qui s’était exactement passé. Notre classe, et une autre du même niveau, nous sommes particulièrement intéressés à ce sujet. Nous avons construit, petit à petit, un projet, dont le but premier est de rendre hommage à ceux qui avaient combattu pour leurs frères et leurs enfants, ces soldats trop souvent oubliés, qui ont fait en sorte que nous puissions vivre en paix et dans la liberté, ces combattants marocains, nos aînés et nos ancêtres.


Ce projet, fruit du formidable travail de notre équipe pédagogique, nous l’avons débuté par l’écriture d’un livre de mémoire retraçant la vie des combattants marocains qui s’est achevé par un voyage sur les hauts lieux de mémoire de cette guerre. Nous avons également étudié un témoignage fort, celui de Maurice Genevoix dans « Les Eparges ». Les soldats vivaient dans le froid, la boue et dans des conditions épouvantables, constamment guettés par la mort. Certains souffraient de blessures, d’autres de voir leurs camarades mourir. Ils souffraient…en pensant qu’ils allaient rendre l’âme et laisser leur famille, leur femme, leurs enfants… Ils étaient pourtant jeunes, ils ne méritaient pas tout ce qu’ils ont enduré, ils avaient tant de choses encore à vivre, à voir, à sentir, à ressentir…tant de choses dans ce monde si étrange, si changeant…


C’est ainsi que nous sommes allés sur leurs traces, à Verdun, en Lorraine… Nous avons quitté le soleil de notre pays, le Maroc, le 15 avril 2006, à l’aube. Le voyage a duré plusieurs heures avant de toucher au but : Verdun. Dès notre arrivée, nous avons été confrontés aux rudes conditions climatiques de la région, qui étaient encore bien plus rudes en ce temps là pour les soldats qui devaient y combattre.


Le lendemain matin, nous avons rendu hommage pour la première fois à nos ancêtres marocains, sur le carré musulman de Douaumont. J’ai eu le sentiment d’accomplir un devoir, enfin, de pouvoir remercier mes aînés marocains par un geste aussi simple soit-il, une rose déposée sur une tombe, un simple geste, d’une grande signification.


C’était un caporal, un marocain tombé le 14 mars 1918, mort pour la France, sur le sol français. Une atmosphère lugubre régnait dans le cimetière. La mort, omniprésente, était accompagnée d’un vent glacial. Puis soudain une mélodie, grave, suivie d’une minute de silence, « Aux morts ! ».


J’ai pensé à eux ces morts, tous ces morts. Le ciel était gris, et j’avais l’impression d’être enfermée dans un monde triste et cruel, sans vie et sans joie, sans rires ni sourires, un monde de guerre. J’ai eu les larmes aux yeux, j’ai eu mal pour eux, tous ces soldats qui reposent à présent, eux qui ont vécu tant d’horribles choses. J’ai marché un peu plus loin, seule.


Ils reposent enfin, ils l’ont retrouvée leur paix, une paix bien méritée, une paix pour l’éternité.


Un peu plus tard dans la journée nous sommes allés sur le site des Eparges, théâtre des événements vécus en 1915 par Maurice Genevoix et ses compagnons d’infortune, sujet du livre « Ceux de 14 » que nous avons étudié en classe.


Nous avons marché près de deux heures, sur les traces des soldats. Durant la longue virée, à travers les bois des Eparges, je me suis arrêtée quelques instants à l’entrée d’un boyau à présent recouvert par la nature. La nature, elle, a repris le dessus, elle reprend toujours le dessus. 90 ans plus tard le terrain est toujours accidenté, mais la nature, elle, masque toute la tragédie comme dans le poème « Le dormeur du val » d’Arthur Rimbaud «  Il dort dans le soleil, la main sur sa poitrine, tranquille. Il a deux trous rouges au côté droit. »


L’entrée du boyau est encore visible…un soldat de 18 ans, était sûrement assis là il y a près d’un siècle. Il a échappé à la mort une fois de plus… un brouillard épais s’est formé, impossible d’apercevoir l’ennemi, on entend des cris, cela déchire le cœur, mais il faut continuer à avancer dans cette boue gluante et mortelle pour sauver sa peau. Puis, sans que vous ayez eu le temps de vous en rendre compte, une balle vous touche mais vous êtes toujours vivant. Entre la mort et la vie, c’est ce qu’il doit y avoir de pire dans cette guerre. Un compagnon arrive et vous aide à vous mettre à l’abri, il risque sa vie mais…sauve la vôtre. Vous attendez de pouvoir regagner les lignes de l’arrière… On a entendu un bruit, un bruit sourd celui d’un obus. Il est tombé à quelques centaines de mètres, juste à l’endroit où vous étiez il y a quelques instants, vous avez une fois de plus échappé à ce tragique destin. Ce jeune soldat est assis, il tremble de tous ses membres maintenant à l’abri dans la tranchée, il repense à ce qui vient de lui arriver…


Et moi, aujourd’hui, je regarde attentivement l’endroit où il s’est sûrement tenu, cet endroit qui a résisté à la guerre et aux années et qui rend la terre vivante.


J’ai continué à marcher et ce que j’ai vu m’a marquée. Devant moi, des creux gigantesques. On les appelle entonnoirs. Ces trous ont enseveli plusieurs sections, des dizaines d’hommes, dans un bruit assourdissant, en quelques secondes, dans un brouillard de fumée et de poussière très dense.


Une seule explosion, une seule suffit à déplacer toute cette terre et à ensevelir tant de vies. C’est un vide meurtrier, où il n’y a plus rien, ni vie, ni peur, ni danger, rien… juste un vide, un vide toujours présent aujourd’hui, que la nature cette fois n’a pas réussi à combler. Des corps sombrent dans ce gouffre profond sous un nuage de poussière. Personne ne peut les aider, tous ceux qui essayent sont avalés cruellement. Personne pour les sauver ces pauvres soldats engloutis, ni même pour les retrouver. Non, personne. Ou peut-être nous, aujourd’hui, bien des générations après.


Non pas pour les retrouver mais pour ne pas les oublier. Leur rendre hommage et transmettre à nos enfants ce que nous ont transmis ceux qui étaient avant nous, et ainsi faire durer cette mémoire. Le voilà le but de notre projet « pour ne pas oublier ceux qui ont tant œuvré pour le retour de la paix ».


Quelques jours après cette visite, je me souviens avoir écrit dans le livre d’or de la nécropole militaire de Notre-Dame de Lorette : « A tous les grands soldats du passé qui ont assuré notre présent et notre avenir, un grand merci… ».


 


(CHERKAOUI Rita, 3e 11, Lycée Lyautey de Casablanca, 1er cycle, 2005/2006)




 


 


L’ENFER DE VAUQUOIS


 


Pendant très longtemps, on m’a raconté l’histoire de l’Histoire. Durant mon enfance on avait raconté la Première Guerre mondiale comme on raconte de vieux contes aux enfants naïfs et innocents. Mais jamais je ne me suis sentie émue, ou même concernée par la Grande Guerre. Ce n’est qu’en classe de troisième, alors que les cours d’histoire devenaient intéressants, que je découvrais ce qu’avait été réellement la « guerre de 14-18 » : le front meurtrier et ses tranchées, les galeries où l’on se réfugie pour un temps, les armes destructrices, les centaines de milliers de morts…..On ne m’avait jamais parlé d’une telle atrocité ; jamais on ne m’avait dit que… «  Dans un berceau de boue, se réveillaient ces soldats ensevelis…. »


Ainsi, ce voyage fut le révélateur de tout ce que l’on ne dit pas, mais que j’ai vu…. Entre  tranchées et entonnoirs, villages détruits et cimetières tout ne fut que surprise et émotion…. Le voyage commença par la visite de cimetières, début illogique, je l’avoue ! L’enchaînement « normal » aurait du être les zones de combat avant les cimetières : Les étapes successives menant à la mort, ça c’est logique ! Mais après tout qu’y a-t-il de « normal » dans tout cela ? La mort de millions d’hommes pour gagner deux ou trois mètres de plus, devenus de la boue imprégnée du sang des Nôtres ? Est-ce normal ?Je me rappelle surtout ce  mardi 18 avril dernier : je m’attendais à une journée assez banale et je vécus une expérience impressionnante…Je revois avec précision ce ciel si bleu, ces collines si vertes et ces sentiers si sinueux  que l’on a parcourus avec impatience et curiosité. Nous marchions les uns derrière les autres le sourire aux lèvres et des étincelles dans les yeux….Dans ma tête se répétaient en écho les phrases tant de fois entendues en cours et les descriptions  tant de fois imaginées «  des trous profonds de terre et de boue… enterrés dans ces casernes improvisées creusées comme des galeries de mines, les soldats n’avaient pour amis que les rats se faufilant entre eux dans le froid, la neige et l’horreur des combats… »


Notre guide s’arrêta alors soudainement. Nous étions apparemment arrivés aux fameuses casernes souterraines et pourtant, rien de ce qui se trouvait devant moi ne me rappelait les photographies, pas même leur image que mon imagination s’était tant de fois amusée à créer…. Je fis alors quelques mètres dans la galerie et soudain mon coeur se mit à battre plus vite : ma déception première se transforma en excitation : jamais je n’ai ressenti une sensation de vide si intense….


 Mes yeux se perdaient dans les profondeurs de la terre devenue inaccessible dans une obscurité totale. Je me rappelle m’être mise sur la pointe des pieds, et avoir vu des escaliers descendre, descendre de plus en plus bas au point que la dernière marche était invisible. Je ressentais cette sensation de vertige que chacun ressent au fond de soi, alors que vous vous sentez devenir tout petit devant les mystères de l’Histoire ou face à des choses incroyables que ni le temps ni les hommes n’ont réussi à expliquer.


Prudemment nous descendîmes alors des marches glissantes qui mesuraient tout au plus cinquante centimètres de large  et une quinzaine de long. Un casque sur la tête et une torche à la main, mon cœur battait la chamade alors que mes mains tremblaient de peur pendant que je les posais sur le mur humide et glissant : comment avait-on pu survivre dans un espace aussi oppressant des jours et des jours ? Une vague d’angoisse me prit quand je vis la multitude de chemins qui s’offraient à nous….. A droite, à gauche, en biais… Un vrai labyrinthe ! Quant au guide, rien de rassurant : habitué, il marchait vite ; il ne semblait pas se rendre compte de toute l’attention que je pouvais porter aux minuscules détails. Nous tournions à droite, à gauche, montions quelques marches, redescendions et il y avait à ses dires plus de huit kilomètres de galeries devant nous ; moi avide de ce passé, je tentais de faire un maximum de photographies tant j’étais impressionnée par un tel dédale….


Je tournai la tête et arrêtai soudain mon regard sur un vieux verre, sali par le temps et dont une paroi semblait brisée : le temps s’arrêtait….. Il faisait partie d’un ensemble de carafes, d’assiettes et de verres posés là…. Je restai à les regarder, hypnotisée par cette petite table placée contre le mur comme oubliée ou inaperçue…. Que diraient ces pauvres soldats, morts pour nous, s’ils nous voyaient là émus, et intrigués par de petits objets, minuscules pierres et simples verres ? Que penseraient-ils de nous en voyant notre émotion devant leur vie qu’ils avaient sacrifiée ? Ils comprendraient davantage notre surprise devant les prouesses de leur combat et le sacrifice de leur vie…. Oui ces hommes sont morts pour nous ! Ils ont abandonné leur famille, leurs amis, ils ont vécu dans des conditions épouvantables dans ces galeries et ont donné leur vie pour assurer la paix….


Aujourd’hui, je peux être fière d’avoir réalisé ce devoir de mémoire, une mémoire partagée. Ce voyage a été l’occasion d’acquérir de nouvelles valeurs que l’on ne perçoit pas forcément dans la vie de tous les jours : le respect des autres et de leur sacrifice.


A présent, il nous faut accomplir ce devoir de reconnaissance : alors pour remercier et surtout rendre hommage à des millions d’hommes, morts au nom de la paix au nom de notre Paix, ayons l’intelligence de la préserver à tout jamais. Et si vous avez la chance de vivre une telle expérience «  un jour, arrêtez vous sur un lieu de mémoire et écoutez l’âme errante d’un soldat, dans l’oreille, vous murmurer de ne jamais oublier ce qu’ont accompli pour vous des hommes, qui se sont sacrifiés pour le retour de la paix » écrit un nos camarades dans un poème réalisé  à l’occasion de notre travail de mémoire.



                                             


(EL BOURI Malak, 3e 11, Lycée Lyautey de Casablanca, 1er cycle, 2005/2006)


Date de création : 09/02/2007 @ 15:21
Dernière modification : 09/02/2007 @ 22:01
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Le Projet pédagogique 2002-2003

1-Le projet en images et ses prolongements en 2004 et 2005

2-Acteurs et partenaires

3-Objectifs

4-Calendrier et descriptif de l'action

5-Remerciements

6-Présentation de l'exposition

7-Deux poèmes émouvants

8-Programme du voyage pédagogique en France

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Le Projet pédagogique 2005-2006

1-Le projet en images et ses prolongements en 2007


2-Acteurs et partenaires


3-Présentation générale du projet


4-Calendrier et descriptif de l'action


5-Présentation de l'ouvrage "Ana ! Frères d'armes marocains dans les deux guerres mondiales" et Remerciements


6-Présentation de l'exposition sur les soldats marocains en 14-18 et 39-45


7-Présentation du recueil numérique sur le Carré musulman de Douaumont


8-Recueil de poèmes rédigés par les élèves


9-Textes d'élèves primés au concours "André Maginot"


10-Programme du voyage pédagogique en France

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